Histoire de la pierre de Massangis

Auteur des textes : Serge CATRIN - Photos Habitants de Massangis et le journal l'Yonne Républicaine

A Massangis la pierre se travaille depuis près de 900 ans. Au XII siècle, beaucoup de petits exploitants possédaient un terrain duquel ils extrayaient la pierre à la main à l'aide de pioches à pic, de pinces, de barres à mine, de poudre noire, de masses et de coins (appelés "brochets") pour lever les plaquettes (extraction peu profonde). Cette pierre servait à faire des bordures de trottoirs, des pavés 16/16 ou des boutisses (pavés) 16/24 ainsi que des moellons bruts pour construire les maisons du village et même d'Abbayes comme celle de Fontenay en Côte d'Or à 40 Km de Massangis.

Vers la fin du XIX, début du XX siècle, des entreprises importantes apparaissent : FEVRE, CIVET, PAGANI, CUNAULT. Il y a toujours beaucoup de travail manuel à exécuter malgré l'apparition des treuils à main (crapauds) et à manivelle, des chevaux pour déplacer et transporter des blocs à l'aide d'un trinqueballe ( voiture à roues très hautes sous laquelle les blocs étaient suspendus) qui desservait le chantier de taille. Les fardiers servaient à transporter les gros blocs à la gare de Massangis pour être transbordés sur wagons puis expédiés vers Paris ou d'autres destinations.

Les années passent et lentement le travail effectué par les chevaux est abandonné et remplacé par l'utilisation des camions de "la grande guerre", les "MACK" à bandages.

Quelques chevaux sont toutefois encore utilisés pour l'enlèvement des déblais

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Vient ensuite le courant électrique par moteur diesel avec génératrice ou comme chez CIVET-POMMIER par jonction à EDF en 1927. Les autres carrières se sont trouvées dans l'obligation de se relier à EDF pendant la deuxieme guerre mondiale par manque de gazole.

Les pistolets à air comprimé sont apparus à la même époque supprimant la barre à mine. Le perforage devient plus rapide et moins pénible ce qui facilite l'ouverture d'un bloc en passant le rayeur dans les trous pour donner la direction de la coupe, et en introduisant deux cales et un coin rond par trou que l'on frappe ensuite jusqu'à éclatement du bloc.

On employait dans toutes ces carrières un charron-forgeron pour l'entretien permanent : ferrer les chevaux, entretien des fardiers, des trinqueballes, des brouettes, fabriquer les manches, tremper les outils des tailleurs de pierre et des carriers.

Ces évolutions n'empêchent pas le travail du carrier de rester pénible à l'extraction sur le massif très pentu de Massangis : pistolet toujours penché sur deux sens pour trouver l'équerre du banc, ensuite coupe faite à la mine ou au coin ronds puis, levage à la masse par trois ou quatre hommes, au son de la voix du chef de massif, aidés d'un caleur. Levée à une certaine hauteur, ou engage des boules en fer pour faciliter la descente du bloc (10 à 30 tonnes) qui tombe sur une chute assez importante, formée de déblais, pour éviter les " casses ".

 

Ces blocs sont alors tirés au treuil électrique avec des gros câbles, des poulies de retour les dirigeants pour équarissement à l'aide de pistolets, de têtus, de piques, pour être ensuite commercialisés après numérotage et cubage. Très souvent il fallait monter les câbles à dos d'hommes pour les blocs à câbler sur le massif. On utilisait également des roules en charme pour faciliter le bardage des blocs, et jadis, pour charger les fardiers à quai ou pour les déplacements dans le chantier. Les roules à œil servaient surtout aux tailleurs de pierre pour rentrer les blocs sous le hangar de taille (taille faite suivant un croquis et panneaux préparés par un appareilleur). La pince ou le treuil à main intervenait aussi dans ces manoeuvres.

Les fils en acier sont apparus en même temps que l'électricité ce qui réduisit alors considérablement le travail des tailleurs de pierre pour la préparation des blocs à tailler.

Des châssis de la compagnie FEVRE au moulin de Tormancy et un à la carrière CIVET-POMMIER permettaient de faire de la tranche. Ces châssis sciaient avec de l'eau et du grès. On pouvait mettre un bloc de 10 tonnes sous le châssis et un nombre de lames correspondant aux épaisseurs désirées.

Dans tous les chantiers, on employait des équipes de manoeuvres pour enlever les déblais avec chevaux et tombereaux, ou par la suite, camions chargés à la main, puis transportés aux cavaliers (gros dépôts constitués des déchets de pierre des carriers, des tailleurs de pierre et des chutes du massif). D'autres équipes faisaient le découvert manuellement, et la terre, le cailloutis, étaient transportés jusqu'à la décharge au moyen de wagonnets poussés par trois hommes.

Les ponts roulants, les portiques, les mâts grues, sont arrivés entre les deux guerres et ont contribué à améliorer la manutention et le chargement des camions et semi-remorques.

Le transport des blocs pour la Belgique et la Hollande se faisait par voie ferré jusqu'à Migennes grâce à la réalisation du CFD en 1884 (chemin de fer départemental à voie étroite de la vallée du Serein de l'Isle sur Serein à Laroche-Migennes) puis par transbordement sur péniches de 250 à 270 tonnes qui empruntaient les canaux ou l'Yonne, puis la Seine via la Manche. Suite à la suppression de la voie ferrée en 1951, le chargement des péniches se fit à Chassignelles (FEVRE), Fulvy (DERVILLE), Ravières (CIVET-POMMIER), Tanlay (PAGANI) jusqu'en 1963. Depuis le transport se fait par route (semi-remorques ou camions et remorques) directement chez le client, voir aussi pour l'usinage à Ravières.

Vers 1963, le matériel se modernise. Les disques 2000 (disques diamant de 2000 mm de diamètre) apparaissent chez FEVRE et PAGANI ainsi que les éclateuses à moellons et autres. Des milliers de m² de moellons éclatés sont alors vendus sur palettes tant en France qu'à l'étranger. Un disque de 2700 est monté chez FEVRE puis automatisé par l'actuelle société ROCAMAT qui installe un mono-lame dans l'ancien chantier PAGANI.

Vers 1977, les différents chantiers vont appartenir à la société ROCAMAT et le matériel se moderniser encore : pelleteuses, chargeurs, élévateurs, scies avec câble diamanté pour découper le massif et aquarrir les blocs, pistolets sur chenilles pour la perforation du massif sur 18 mètres de hauteur. La coupe se fait désormais au cordeau détonant ou au coussin d'air suivant emplacement. (photos)

Deux mono-lames sont automatisés ainsi que deux disques 2000 comme le disque 2700. Cela demande entretien et surveillance ce qui nécessite un atelier de réparation employant deux ouvriers qualifiés en mécanique générale. (photos)

La configuration générale change : le chantier PAGANI ferme en 1991. On y pratiquait la taille, les tranches, moellons et blocs. Les carrières FEVRE-CIVET sont regroupées en un seul chantier après jonction des deux au niveau du fond de carrière.

Au début du siècle, les carrières de Massangis comptaient environ 200 ouvriers. Actuellement, ils ne sont plus qu'une trentaine. Cependant, malgré les progrès techniques, les conditions de travail restent difficiles et risquées.